Femme enceinte : pourquoi lâche-t-elle beaucoup pendant la grossesse ?

Le taux de lubrification vaginale grimpe pendant la grossesse, et ce n’est pas un hasard. Les œstrogènes et la progestérone, deux hormones phares, s’activent sur les muqueuses et déclenchent une série de réactions inattendues. Pour certaines, cette réalité se découvre sans préavis, au fil de sensations nouvelles qui s’installent sans crier gare.

Les témoignages abondent : libido décuplée pour certaines, désir en berne pour d’autres. Difficile de prévoir de quel côté la balance va pencher, mais ce qui est certain, c’est que ces bouleversements restent banals et ne mettent pas la grossesse en péril, sauf situation médicale particulière. Les soignants le rappellent : la diversité des vécus n’empêche en rien la bonne marche de cette aventure, hormis exception rare.

Les bouleversements du corps pendant la grossesse : ce qui change vraiment

La grossesse chamboule tout, bien plus que ce qu’on imagine. Dès les premières semaines, le corps se réorganise à vitesse grand V sous l’impulsion des hormones : progestérone et œstrogènes prennent la tête du peloton. La progestérone, d’abord libérée par les ovaires puis par le placenta, peut générer une fatigue écrasante, des coups de pompe inexpliqués et des montagnes russes émotionnelles. Les œstrogènes, eux aussi, impriment leur marque jusque dans l’humeur.

Pour se repérer, voici les principaux changements qui jalonnent ce parcours :

  • Les nausées et vomissements, véritables compagnons pour près de 75 % des femmes enceintes, sont largement dus à la GDF15, une hormone produite par le placenta qui agit sur l’appétit et le système digestif.
  • La prise de poids ne vient jamais seule : la peau se modifie, des zones sombres apparaissent (linea nigra, aréoles), les vergetures s’invitent et l’épiderme s’adapte à la nouvelle donne.
  • Les seins changent : volume, sensibilité accrue, parfois premiers écoulements de lait… Autant de signes que le corps prend une autre direction.

Un autre symptôme surprend souvent : la salivation excessive, ou hypersalivation, qui débarque fréquemment en début de grossesse. Ce phénomène, poussé par les montagnes russes hormonales et parfois amplifié par le stress, s’ajoute à la liste déjà fournie. En parallèle, la production de pertes vaginales s’accélère, reflet de l’influence des œstrogènes et du corps qui se prépare à de nouveaux défis.

Le système cardiovasculaire, lui non plus, n’est pas épargné : le sang afflue davantage, la pression artérielle varie, le cœur s’ajuste. La vessie se retrouve vite sous pression, l’utérus prenant de la place. Ce maelström, piloté par le fœtus, le placenta et les hormones, redéfinit les contours du corps et impose un rythme inédit, parfois déroutant mais toujours singulier.

Pourquoi la sexualité évolue-t-elle quand on attend un bébé ?

La sexualité se transforme profondément pendant la grossesse. Les hormones, en tête progestérone et œstrogènes, modifient l’intensité du désir, la sensibilité aux sensations, la perception de soi. Pour certaines, ce nouveau chapitre rime avec plus de liberté, une envie plus vive, des sensations intensifiées ; pour d’autres, c’est la gêne ou la retenue qui s’installe.

À mesure que la grossesse avance, le rapport au corps change aussi. Les seins gonflent, la vascularisation des muqueuses s’intensifie, la lubrification naturelle augmente, parfois rendant les rapports plus aisés. Mais la grossesse ne se vit pas en modèle unique : les variations hormonales chamboulent l’humeur, la fatigue ou l’inconfort peuvent freiner le désir, surtout au début.

D’autres acteurs entrent en scène : la prolactine favorise l’apaisement post-orgasme, l’ocytocine renforce l’attachement et le plaisir à deux. Pour certains couples, c’est l’occasion de se redécouvrir ; pour d’autres, la distance s’installe, accompagnée de doutes. Au cœur de ce bouleversement, le dialogue devient nécessaire : les attentes changent, les envies fluctuent, la sexualité prend un visage neuf, entre adaptation et découverte.

Salivation abondante, libido, plaisir : démêler le vrai du faux

La salivation abondante, l’hypersalivation, fait partie des surprises du premier trimestre pour beaucoup. Ce phénomène, souvent couplé aux nausées, s’explique par le grand remue-ménage hormonal et la stimulation du système nerveux parasympathique. Le nerf vague, en lien direct avec le tube digestif, le cerveau et le cœur, orchestre la production de salive. Quand le stress entre en jeu, l’effet s’accentue.

Pour mieux vivre cette situation, plusieurs stratégies peuvent être tentées :

  • Boire de l’eau à petites doses pour hydrater sans saturer
  • Miser sur les aliments froids, qui apaisent la sensation
  • Soigner l’hygiène bucco-dentaire, avec un brossage régulier
  • Mâcher du chewing-gum pour limiter la gêne

Certaines approches complémentaires, comme l’acupuncture, l’ostéopathie ou l’homéopathie (avec le jaborandi, riche en pilocarpine), sont parfois suggérées pour atténuer l’hypersalivation.

Sur le plan du désir, impossible d’établir un scénario unique. Les montagnes russes hormonales, en particulier la progestérone et les œstrogènes, expliquent ces variations du désir sexuel. Certaines femmes se sentent plus libres, le plaisir décuple ; d’autres, au contraire, voient leur envie baisser, freinée par la fatigue ou les nausées. Le plaisir, l’humidité ou la sécheresse vaginale, tout cela évolue selon l’étape de la grossesse et l’histoire de chacune.

Attention cependant à ne pas confondre hypersalivation et pertes vaginales : ces dernières, souvent plus abondantes sous l’effet des œstrogènes, n’ont rien à voir avec une fuite de liquide amniotique. En cas de doute, mieux vaut consulter pour écarter tout risque.

Femme enceinte dans un parc en automne

Comment vivre sereinement ces transformations et en parler sans tabou

La grossesse s’accompagne d’une série de bouleversements, physiques et psychiques, qui peuvent vite dérouter. Dès les premières semaines, nausées, fatigue et hypersalivation installent un climat d’incertitude, parfois renforcé par le silence qui entoure les difficultés. Beaucoup hésitent à évoquer ces sujets, freinées par le poids du tabou, en particulier lorsqu’il s’agit de fausse couche. Les analyses du The Lancet et les récits d’Audrey ou de Meghan Markle rappellent combien ces épreuves restent souvent vécues dans l’isolement.

L’accompagnement par une sage-femme ou un médecin se révèle alors précieux. Judith Aquien, dans son livre Trois mois sous silence, souligne la nécessité de libérer la parole autour des souffrances du début de grossesse. Les consultations médicales permettent d’aborder sans détour les symptômes, de bénéficier d’un soutien adapté et d’être orientée vers des solutions concrètes : arrêt de travail, aménagement de poste, recours au télétravail. La législation française protège ces droits et interdit tout licenciement pour cette raison.

Le dialogue avec l’entourage compte tout autant. Échanger avec d’autres femmes enceintes, partager ses ressentis, aide à rompre l’isolement et à alléger la charge mentale. En France, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté des mesures pour faciliter le télétravail des femmes enceintes et renforcer leur accompagnement médical. Cette avancée, longtemps attendue, marque le pas vers une grossesse plus visible, mieux partagée, et davantage en phase avec la réalité vécue.

La grossesse impose ses lois, bouscule les certitudes et force à apprivoiser un corps en pleine mutation. Pour chacune, l’expérience porte sa nuance. Mais une chose demeure : parler, s’entourer, et s’autoriser à vivre pleinement chaque transformation, sans filtre ni tabou.

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